Pierre FAURE, son approche des jeunes en difficultés

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La demande d’Anne-Marie Audic de faire une intervention à ce colloque m’a vivement touchée, car le Père Faure me semble être une de ces figures qui continuera de marquer la pédagogie en général et celles des jeunes ayant un handicap en particulier. Vous avez eu la délicatesse en me présentant d’évoquer le nom du Père Bissonnier avec qui j’ai collaboré au quotidien pendant de très longues années.

Il nous a quitté le 13 janvier dernier, après une vie entièrement consacrée aux personnes handicapées. C’est par lui que j’ai entendu parler pour la première du Père Faure. Le Père Bissonnier avait une profonde admiration pour la manière dont ce prêtre avait su s’inspirer des métho-des nouvelles en particulier des conceptions de Maria Montessori en les repensant et en les adaptant. Cette pédagogie personnalisée au service des enfants et ado-lescents ayant un handicap mental léger ou profond, a eu et a encore son rayonnement aux quatre coins du monde.

Dès ses premières expé-riences éducatives au collège de Sarlat où le Père Faure exerce à la fois les fonctions de professeur de sciences et de surveillant, il s’intéresse particulièrement aux élèves qui « posent des problèmes ».

Dès 1937, on retrouve dans ses papiers un modeste dossier intitulé « anormaux » - documents ». Ces notes témoignent déjà de son souci pour ces enfants. Dans une note de 1938, il écrit : « La formation des maîtres est essentielle. Les maîtres des petites classes devraient être capables de dépister chez leurs élèves, difficultés et même troubles graves ; il faut ensuite des maîtres des arriérés (c’est la terminologie de l’époque) pour accueillir ces derniers et les traiter ». Déjà, il suggère des solutions : une formation d’enseignants assurée par l’Institut Catholique de Paris et des stages dans des consultations médico-psycho-pédagogiques.

À son retour en région parisienne, à la rue de Madrid où le Père Faure enseigne et éduque des enfants dits normaux, ses méthodes pédagogiques qu’il développe attirent des en enfants en difficulté. En effet, avec cette pédagogie, aucun enfant ne se trouve en situation d’échec. En même temps, le Père fréquente les services d’enfants de la Salpétrière et se rend souvent à la Fondation Vallée, lieu d’ac-cueil d’enfants et de jeunes handicapés profonds. Ces visites n’étaient pas simple information, mais consti-tuaient pour lui une formation personnelle.

Dès 1950, il crée « rue de Madrid », une classe inter-médiaire, où il accueille, sans souci d’homogénéité les enfants ayant un retard scolaire, dyslexiques, cas familiaux et même enfant relevant de la psychiatrie.

Il est impossible d’évoquer ici toutes les initiatives qu’à partir de cette expérience le Père a suscitées et soutenues

Pourtant, je voudrais au moins nommer l’Institut médico-pédagogique (IMP) de la Garenne-Colombes, complété par un Institut médico-professionnel (IMPro), puis quelques années plus tard le CAT de l’Espérance, bien connu à Paris pour la qualité de ses travaux d’imprimerie et l’atmosphère de bonheur qui y règne.

En même temps qu’il se soucie de l’éducation de ceux qu’il appelait « les malmenés de l’existence », le Père prend à bras le corps la formation d’enseignants spé-cialisés. Ainsi, avant même que cette formation soit reconnue par l’État, il orga-nise, en 1956, à l’Institut Catholique de Pairs, à la demande de son recteur, Mgr Blanchet, un centre destiné à accueillir les futurs ensei-gnants spécialisés. Ce centre, dont Pierre Faure sera le responsable, offre cours et stages pratiques. Mais le diplôme reste privé.

 

C’est à l’occasion de longues et complexes démarches, dont j’ai été largement partie prenante avec le Père Faure et le Père Bissonnier, que le CAEI (Certificat d’Aptitude à l’Enseignement des Enfants Inadaptés) est enfin ouvert en 1967, par décret, aux membres de l’enseignement privé.

Pierre Faure voit alors l’enseignement spécialisé se développer. Dans l’Ensei-gnement Catholique, une organisation nationale devient nécessaire, pour fédérer les diverses initiatives qui voient le jour et pour développer une formation spécifique des maîtres. Afin d’étudier les modalités d’une organisation adaptée, et ses conditions de fonctionnement, Mgr Cuminal, secrétaire général de l’Enseignement Catholique, suscite un groupe de réflexion et d’action. Il réunit le Père Faure, Anne-Marie Audic, directrice au Centre de formation pédagogique pour l’enseignement spécialisé (CFPES), le Père Bissionnier et moi-même, en tant que responsables du Service catholique de l’enfance et de la jeunesse inadaptée (SCEJI).

Ce petit groupe se réuni régulièrement dans le bureau de Mgr Cuminal. Un premier secrétariat informel se met en place (il faut soutenir, écouter, aider les maîtres, coordonner les actions…). Une structure nationale au sein du Secrétariat général de l’Enseignement Catholique s’avère progressivement nécessaire. Marie-Christine de Kérangat, jeune enseignante, s’en verra confier la responsabilité.

En 1973, les premiers « correspondants diocé-sains » sont institués. Ils assurent le lien entre le secrétariat national et les autres structures diocésaines. Puis, ce service national de l’enseignement spécialisé va être reconnu « Commission Nationale » par les instances de l’Enseignement Catholique et sera nommé la CNAIS (Commission Nationale pour l’Adaptation et l’Intégration Scolaire).

Le Développement de l’Enseignement spécialisé aujourd’hui est riche des audaces pédagogiques des initiatives du Père Faure, de sa confiance et de son Espérance. Il en a été le promoteur. Il l’a « lancé »…

Pour terminer, je voudrais évoquer très brièvement l’impression personnelle que m’a fait le Père Faure. Il était à l’évidence à la fois un homme de pensée et d’action. Dans les contacts avec lui, j’étais surtout frappée par son attention et son écoute pour chaque personne, pour chaque avis. Son regard était pénétrant, plein de bonté et d’humour. Il savait, avec un respect, une patience, un doigté et une conviction qui lui étaient propres, exiger de chacun le meilleur de lui-même, marqué en cela par Ignace de Loyola. Il détectaitla petite lumière, parfois cachée aux yeux de tous, mais présente au cœur de chaque personne. Il n’avait de cesse alors qu’elle soit mise à jour pour le bien de la personne elle-même et celui de son entourage.

Oui, il croyait dans le meilleur de la personne, si handicapée qu’elle soit, et lui portait une réelle admiration.

Aucun paternalisme, aucune fausse pitié. En parlant de tel enfant, pourtant très handicapé, je l’entends dire : « Il est inouï ! » Il me faisait alors penser à l’exclamation d’allégresse de Jésus : « Père, je te bénis d’avoir caché tes mystères aux sages et aux savants et de les avoir révélés aux tout-petits ».

Ces tout-petits, de quelque âge qu’ils soient, ils nous sont confiés, aujourd’hui comme hier. Ils sont les privilégiés du cœur de Dieu. Il nous appartient, selon notre voca-tion, de leur faire leur place au cœur de l’Enseignement catholique comme au cœur de l’Église.

Que le Père Faure soit un exemple pour que jamais nous ne nous endormions !


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dernière mise à jour le : 04 janvier 2006.